Optimisation logistique

Fret aérien international : quand est-ce réellement rentable pour votre supply chain ?

Noveo LogisticsTemps de lecture : 8 min
Comparaison fret aérien vs maritime

L'illusion de la rapidité : pourquoi la vitesse seule ne justifie rien

En 2026, le fret aérien Paris-Shanghai coûte en moyenne 4 à 7€/kg contre 2,50 à 3,50€/kg en maritime LCL. Soit un surcoût de 100 à 180% sur le transport pur.

Cette différence apparente fait fuir 90% des chargeurs. Mais le coût apparent n'est pas le coût réel.

Le vrai calcul ne se limite pas au tarif par kilo, mais à trois variables :

  1. Le coût de votre rupture de stock (jours × impact industriel)
  2. La valeur de votre marchandise (densité €/kg)
  3. La variabilité de votre délai (vous pouvez-vous permettre ±15 jours ?)

Répondre honnêtement à ces trois questions élimine 90% des débats « maritime vs aérien ».


Comparatif réel 2026 : maritime vs aérien vs multimodal

Maritime LCL (Less than Container Load)

  • Délai réel : Shanghai → Paris = 35-45 jours (avec les contingences : booking, préacheminement, attente port, douane, post-acheminement).
  • Tarif 2026 : 2,50-3,50€/kg (variable saisonnière : +0,50€/kg en octobre-novembre).
  • Variabilité : ±10 à 15 jours selon congestion portuaire.
  • Minimum : 500kg pour être rentable (au-delà de 500kg, le tarif devient progressif).

Fret aérien standard

  • Délai réel : Shanghai → Paris = 3-5 jours (J+3 en conditions normales, J+2 en express).
  • Tarif 2026 : 4,50-7,50€/kg (moyenne 5,80€/kg). Haute saison (oct-nov) = 7-9€/kg.
  • Variabilité : ±6 à 12h (très prévisible).
  • Minimum : économique dès 100kg (consolidé) ou 250kg (dédié).

Multimodal mer + rail (Silk Road)

  • Délai réel : Shanghai → Paris = 22-28 jours (moins de congestion portuaire qu'en pur maritime).
  • Tarif 2026 : 3,80-4,80€/kg.
  • Variabilité : ±5 jours.
  • Avantage CO2 : -40% vs maritime + délai court.
  • Complexité : 3 points de rupture (mer, rail, route), douanes multiples.

4 cas concrets : quand l'aérien devient rentable

Cas n°1 : Rupture de stock API pharmaceutique (urgence critique)

Rupture de stock API pharmaceutique

Votre API arrive par mer dans 38 jours. Votre ligne s'arrête dans 21 jours faute d'approvisionnement.

PosteCoût
Perte CA/jour (ligne arrêtée)85 000 €
Jours manquants17 jours
Coût rupture1 445 000 €
Aérien d'urgence : 250kg × 8,50€2 125 €
Surcoûts logistiques800 €
Coût aérien total2 925 €

Bilan : Aérien sauve 1,44M€ pour 2,9k€. ROI = 49 600 : 1

Cas n°2 : Électronique haute valeur (surcoût d'assurance maritime)

Électronique haute valeur

100kg de composants électroniques (processeurs, mémoire), valeur 280 000€, envoyés vers un partenaire asiatique.

Chiffrage maritime

PosteCoût
Tarif maritime100kg × 2,80€
Assurance maritime (0,8% risque)2 240 €
Taux de perte observé en maritime3%
Valeur perdue attendue8 400 €

Chiffrage aérien

PosteCoût
Tarif aérien100kg × 6,50€
Assurance aérien (0,4% risque)1 120 €
Taux de perte observé en aérien0,8%
Valeur perdue attendue2 240 €

Bilan : Aérien = 36% du coût maritime réel (assurance + risque perte intégrés).

Cas n°3 : Lancement produit saisonnier (urgence commerciale)

Lancement produit saisonnier

1 200 paires de lunettes, délai critique : arrivée avant Black Friday.

Scénario maritime

PosteCoût
Tarif maritime1 200kg × 3,00€
Perte CA (15 jours de retard)1 200 unités × 400€ marge × 50% (redistribution)
Coût total243 600 €

Scénario aérien

PosteCoût
Tarif aérien1 200kg × 6,80€
Post-acheminement express1 500 €
Coût total9 660 €

Bilan : Aérien coûte 9,7k€ vs 243,6k€ maritime = 25 fois moins cher.

Cas n°4 : Flux standard prévisible (maritime gagnant)

Composants auto, 2 tonnes/mois, rupture absorbée par stock sécurité existant.

Chiffrage annuel

PosteMaritimeAérien
Tarif/mois (2t × 2,90€)5 800 €-
Tarif/mois (2t × 7,50€)-15 000 €
Stock sécurité supplémentaire (aérien réduit l'immobilisation)0 €0 €
Coût total/an69 600 €180 000 €
Rapport1x2,6x

Bilan : Maritime ×2,6 moins cher pour flux standard prévisible.


La formule réelle pour calculer votre seuil d'arbitrage

Formule de calcul seuil d'arbitrage

Aérien devient rentable si :

Coût rupture/jour × jours gagnés > Surcoût aérien + Assurance maritime non utilisée

Exemple concret :

Votre API : rupture = 15 000€/jour, délai maritime = 35 jours, délai aérien = 4 jours.

Jours gagnés = 35 - 4 = 31 jours

Coût rupture évitée = 31 × 15 000 = 465 000 €

Surcoût aérien = (250kg × 7€) - (250kg × 3€) = 1 000 €

Assurance maritime économisée = 200 €

Seuil rentabilité = 1 200 €

Résultat : 465 000 € >> 1 200 € → Aérien fortement rentable

Règle empirique : Aérien systématique si :

  • Rupture > 10 000€/jour OU
  • Valeur/kg > 500€ OU
  • Délai max < J+7 OU
  • Stock sécurité non absorbable

Le rôle du transitaire dans cette optimisation

Un bon transitaire n'en est pas réduit à exécuter votre décision maritime/aérien. Il la prépare.

1. Allocations capacité mixtes (70/30)

Il sécurise 70% de vos volumes récurrents en maritime (tarif fixe 12 mois), et maintient 30% de capacité aérienne pour les pics et urgences.

Du coup, le tarif maritime est verrouillé à 2,80€/kg, aérien express prédéfini à 6,50€/kg (vs 7-9€/kg spot).

2. Calcul du coût global par référence

Pour chacune de vos 10 SKU critiques, il vous remet une matrice :

SKUVolume/moisMaritime optimalAérien urgenceSeuil d'arbitrageRecommandation
API X250kg2,80€6,80€1 rupture = déclenche aérien95% maritime
Composant Y500kg2,90€6,50€Rupture > 5k€/jour100% maritime
Pièce Z100kg3,50€7,20€Valeur 800€/kg70% aérien

3. Alertes proactives d'arbitrage

« Votre capacité maritime Frankfurt-Shanghai surchargée cette semaine. Proposition : 30% des volumes de la semaine en aérien consolidé (surcoût 1,5%) pour respecter planning. » Plutôt que de découvrir le retard 3 semaines plus tard.

4. Intégration ERP des seuils

Vos ERP reçoivent les règles automatiquement. Si stock < seuil d'alerte ET délai max < J+10, le système génère automatiquement une RFQ aérienne d'urgence.


5 signaux pour refuser l'aérien (maritime suffit)

  • Volume > 1 000kg et rupture < 5 000€/jour → Maritime
  • Délai acceptable > J+21 → Maritime
  • Valeur/kg < 200€ → Maritime
  • Stock sécurité existant > 15 jours → Maritime
  • Coût de rupture < coût aérien ×5 → Maritime

Les pièges à éviter dans votre calcul

Pièges à éviter

Piège 1 : oublier le coût du capital immobilisé

Un conteneur maritime = 20 jours × capital bloqué. Si vous importez 100k€/mois en maritime, c'est 66k€ de cash immobilisé en permanence vs 10k€ en aérien. À 4% d'intérêt, c'est 2 240€/an d'avantage caché à l'aérien.

Piège 2 : négliger le stockage intermédiaire

En maritime, vous accumulez des stocks en attente. Entrepôt = 1 500€/mois. En aérien J+3, pas de stockage. Gain : 18 000€/an.

Piège 3 : sous-estimer le coût du retard

« Ça va juste passer en stock sécurité » → Faux. Si le retard s'accumule, vous augmentez votre stock sécurité de 15 jours. Capital supplémentaire immobilisé.


Conclusion : construire votre matrice d'arbitrage 2026

Étape 1 : Classifiez vos 10 SKU critiques (valeur, volume, criticité).

Étape 2 : Calculez votre coût de rupture/jour pour chacun.

Étape 3 : Demandez au transitaire une offre 70/30 (70% maritime + 30% aérien avec seuil d'arbitrage).

Étape 4 : Intégrez les seuils dans votre ERP (alerte à J-10 avant rupture).

Le résultat attendu est la suivant : réduction du coût logistique total de 15-25% + résilience accrue.

Noveo Logistics propose une analyse coût-bénéfice maritime/aérien/multimodal pour vos flux 2026 : deux jours pour identifier les 20% d'économies potentielles sur vos 10 principales références.

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