Fret aérien international : quand est-ce réellement rentable pour votre supply chain ?

L'illusion de la rapidité : pourquoi la vitesse seule ne justifie rien
En 2026, le fret aérien Paris-Shanghai coûte en moyenne 4 à 7€/kg contre 2,50 à 3,50€/kg en maritime LCL. Soit un surcoût de 100 à 180% sur le transport pur.
Cette différence apparente fait fuir 90% des chargeurs. Mais le coût apparent n'est pas le coût réel.
Le vrai calcul ne se limite pas au tarif par kilo, mais à trois variables :
- Le coût de votre rupture de stock (jours × impact industriel)
- La valeur de votre marchandise (densité €/kg)
- La variabilité de votre délai (vous pouvez-vous permettre ±15 jours ?)
Répondre honnêtement à ces trois questions élimine 90% des débats « maritime vs aérien ».
Comparatif réel 2026 : maritime vs aérien vs multimodal
Maritime LCL (Less than Container Load)
- Délai réel : Shanghai → Paris = 35-45 jours (avec les contingences : booking, préacheminement, attente port, douane, post-acheminement).
- Tarif 2026 : 2,50-3,50€/kg (variable saisonnière : +0,50€/kg en octobre-novembre).
- Variabilité : ±10 à 15 jours selon congestion portuaire.
- Minimum : 500kg pour être rentable (au-delà de 500kg, le tarif devient progressif).
Fret aérien standard
- Délai réel : Shanghai → Paris = 3-5 jours (J+3 en conditions normales, J+2 en express).
- Tarif 2026 : 4,50-7,50€/kg (moyenne 5,80€/kg). Haute saison (oct-nov) = 7-9€/kg.
- Variabilité : ±6 à 12h (très prévisible).
- Minimum : économique dès 100kg (consolidé) ou 250kg (dédié).
Multimodal mer + rail (Silk Road)
- Délai réel : Shanghai → Paris = 22-28 jours (moins de congestion portuaire qu'en pur maritime).
- Tarif 2026 : 3,80-4,80€/kg.
- Variabilité : ±5 jours.
- Avantage CO2 : -40% vs maritime + délai court.
- Complexité : 3 points de rupture (mer, rail, route), douanes multiples.
4 cas concrets : quand l'aérien devient rentable
Cas n°1 : Rupture de stock API pharmaceutique (urgence critique)

Votre API arrive par mer dans 38 jours. Votre ligne s'arrête dans 21 jours faute d'approvisionnement.
| Poste | Coût |
|---|---|
| Perte CA/jour (ligne arrêtée) | 85 000 € |
| Jours manquants | 17 jours |
| Coût rupture | 1 445 000 € |
| Aérien d'urgence : 250kg × 8,50€ | 2 125 € |
| Surcoûts logistiques | 800 € |
| Coût aérien total | 2 925 € |
Bilan : Aérien sauve 1,44M€ pour 2,9k€. ROI = 49 600 : 1
Cas n°2 : Électronique haute valeur (surcoût d'assurance maritime)

100kg de composants électroniques (processeurs, mémoire), valeur 280 000€, envoyés vers un partenaire asiatique.
Chiffrage maritime
| Poste | Coût |
|---|---|
| Tarif maritime | 100kg × 2,80€ |
| Assurance maritime (0,8% risque) | 2 240 € |
| Taux de perte observé en maritime | 3% |
| Valeur perdue attendue | 8 400 € |
Chiffrage aérien
| Poste | Coût |
|---|---|
| Tarif aérien | 100kg × 6,50€ |
| Assurance aérien (0,4% risque) | 1 120 € |
| Taux de perte observé en aérien | 0,8% |
| Valeur perdue attendue | 2 240 € |
Bilan : Aérien = 36% du coût maritime réel (assurance + risque perte intégrés).
Cas n°3 : Lancement produit saisonnier (urgence commerciale)

1 200 paires de lunettes, délai critique : arrivée avant Black Friday.
Scénario maritime
| Poste | Coût |
|---|---|
| Tarif maritime | 1 200kg × 3,00€ |
| Perte CA (15 jours de retard) | 1 200 unités × 400€ marge × 50% (redistribution) |
| Coût total | 243 600 € |
Scénario aérien
| Poste | Coût |
|---|---|
| Tarif aérien | 1 200kg × 6,80€ |
| Post-acheminement express | 1 500 € |
| Coût total | 9 660 € |
Bilan : Aérien coûte 9,7k€ vs 243,6k€ maritime = 25 fois moins cher.
Cas n°4 : Flux standard prévisible (maritime gagnant)
Composants auto, 2 tonnes/mois, rupture absorbée par stock sécurité existant.
Chiffrage annuel
| Poste | Maritime | Aérien |
|---|---|---|
| Tarif/mois (2t × 2,90€) | 5 800 € | - |
| Tarif/mois (2t × 7,50€) | - | 15 000 € |
| Stock sécurité supplémentaire (aérien réduit l'immobilisation) | 0 € | 0 € |
| Coût total/an | 69 600 € | 180 000 € |
| Rapport | 1x | 2,6x |
Bilan : Maritime ×2,6 moins cher pour flux standard prévisible.
La formule réelle pour calculer votre seuil d'arbitrage

Aérien devient rentable si :
Coût rupture/jour × jours gagnés > Surcoût aérien + Assurance maritime non utilisée
Exemple concret :
Votre API : rupture = 15 000€/jour, délai maritime = 35 jours, délai aérien = 4 jours.
Jours gagnés = 35 - 4 = 31 jours
Coût rupture évitée = 31 × 15 000 = 465 000 €
Surcoût aérien = (250kg × 7€) - (250kg × 3€) = 1 000 €
Assurance maritime économisée = 200 €
Seuil rentabilité = 1 200 €
Résultat : 465 000 € >> 1 200 € → Aérien fortement rentable
Règle empirique : Aérien systématique si :
- Rupture > 10 000€/jour OU
- Valeur/kg > 500€ OU
- Délai max < J+7 OU
- Stock sécurité non absorbable
Le rôle du transitaire dans cette optimisation
Un bon transitaire n'en est pas réduit à exécuter votre décision maritime/aérien. Il la prépare.
1. Allocations capacité mixtes (70/30)
Il sécurise 70% de vos volumes récurrents en maritime (tarif fixe 12 mois), et maintient 30% de capacité aérienne pour les pics et urgences.
Du coup, le tarif maritime est verrouillé à 2,80€/kg, aérien express prédéfini à 6,50€/kg (vs 7-9€/kg spot).
2. Calcul du coût global par référence
Pour chacune de vos 10 SKU critiques, il vous remet une matrice :
| SKU | Volume/mois | Maritime optimal | Aérien urgence | Seuil d'arbitrage | Recommandation |
|---|---|---|---|---|---|
| API X | 250kg | 2,80€ | 6,80€ | 1 rupture = déclenche aérien | 95% maritime |
| Composant Y | 500kg | 2,90€ | 6,50€ | Rupture > 5k€/jour | 100% maritime |
| Pièce Z | 100kg | 3,50€ | 7,20€ | Valeur 800€/kg | 70% aérien |
3. Alertes proactives d'arbitrage
« Votre capacité maritime Frankfurt-Shanghai surchargée cette semaine. Proposition : 30% des volumes de la semaine en aérien consolidé (surcoût 1,5%) pour respecter planning. » Plutôt que de découvrir le retard 3 semaines plus tard.
4. Intégration ERP des seuils
Vos ERP reçoivent les règles automatiquement. Si stock < seuil d'alerte ET délai max < J+10, le système génère automatiquement une RFQ aérienne d'urgence.
5 signaux pour refuser l'aérien (maritime suffit)
- Volume > 1 000kg et rupture < 5 000€/jour → Maritime
- Délai acceptable > J+21 → Maritime
- Valeur/kg < 200€ → Maritime
- Stock sécurité existant > 15 jours → Maritime
- Coût de rupture < coût aérien ×5 → Maritime
Les pièges à éviter dans votre calcul

Piège 1 : oublier le coût du capital immobilisé
Un conteneur maritime = 20 jours × capital bloqué. Si vous importez 100k€/mois en maritime, c'est 66k€ de cash immobilisé en permanence vs 10k€ en aérien. À 4% d'intérêt, c'est 2 240€/an d'avantage caché à l'aérien.
Piège 2 : négliger le stockage intermédiaire
En maritime, vous accumulez des stocks en attente. Entrepôt = 1 500€/mois. En aérien J+3, pas de stockage. Gain : 18 000€/an.
Piège 3 : sous-estimer le coût du retard
« Ça va juste passer en stock sécurité » → Faux. Si le retard s'accumule, vous augmentez votre stock sécurité de 15 jours. Capital supplémentaire immobilisé.
Conclusion : construire votre matrice d'arbitrage 2026
Étape 1 : Classifiez vos 10 SKU critiques (valeur, volume, criticité).
Étape 2 : Calculez votre coût de rupture/jour pour chacun.
Étape 3 : Demandez au transitaire une offre 70/30 (70% maritime + 30% aérien avec seuil d'arbitrage).
Étape 4 : Intégrez les seuils dans votre ERP (alerte à J-10 avant rupture).
Le résultat attendu est la suivant : réduction du coût logistique total de 15-25% + résilience accrue.
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